Dimanche 28 novembre 1982
Deux hommes des services secrets syriens viennent de quitter la maison à l'instant. Ils sont en compagnie d'un médecin, Saliba Abdel-Ahad. Ils ont essayé de démonter l'image du cadre; ils ont examiné les murs de la chambre... L'image a été déchirée, quand ils ont cherché à la démonter. L'huile s'est remise à couler, quand ils l'ont remontée.
En outre, ils ont demandé à Myrna de se laver les mains en leur présence -ayant entendu dire que l'huile coule quelquefois de ses mains. Elle s'est exécutée devant eux. Puis ils sont entrés avec elle au salon, ou, à peine assise, l'huile s'est mise à couler de nouveau de ses mains. Le médecin lui a tourné et retourné les mains, tout en constatant que ses deux bras sont tout à fait secs. Il lui a même frotté les deux paumes de la main. Puis, se tournant vers les hommes des services secrets, il leur a dit:
- Dieu est grand!
Ils ont alors demandé un morceau de coton et ont quitté la maison.
Jeudi 16 décembre 1982
Peu après le départ du docteur Jamil Marji, de Mme Raquillé Kelta et de son fils, arrivent le commandant Souheil Maarouf, chef du poste de police de Bab-Touma, et le commandant Abdel-Hadi Kifri, chef du poste de police de Koussour. Ils s'enquièrent avec le plus grand respect de ce qui se passe. Ils finissent par demander un morceau de coton imprégné d'huile, et s'en vont.
Près d'une demi-heure plus tard, nous voyons arriver le commandant en chef de la police de Damas, le général Walid Hammamieh, accompagné de son état-major. Cette visite aussi se fait dans le plus grand respect. Et, à son tour, le général s'enquiert de ce qui se passe.
Il m'arrivera, par la suite, de rencontrer le général Hammamieh à son bureau. Il assurera être prêt à offrir toute aide nécessaire, si jamais l'affluence extraordinaire des gens l'exigeait. Ce n'est un secret pour personne que la tension dans le pays n'est pas particulièrement rassurante. Malgré cela, pas un heurt, pas le moindre trouble.
Noël 1982 à Soufanieh
J'avais promis à la famille Nazzour de venir chanter des chants de Noël à Soufanieh, avec quelques éléments de la chorale, après la messe de minuit. Sitôt la messe terminée, je fais savoir à la chorale, à qui on offre un petit réveillon, que je la devance à Soufanieh. Quelqu'un vient me dire que le général Moustapha Tlass, ministre de la Défense, m'y attend.
A Soufanieh, des militaires montent la garde. Je les préviens que la chorale va arriver et qu'ils n'ont rien à craindre. Quelques choristes arrivent, accompagnés d'une foule nombreuse. Le chef de la garde s'inquiète:
- Tout ce monde, me dit-il, fait partie de la chorale ?
- Mon frère, tous sont ou des choristes ou de simples croyants. Mais n'aie pas peur.
Il fait signe à ses hommes de s'écarter et laisse la porte ouverte à tout venant.
Dans le salon, le général et moi, nous nous saluons d'une accolade. Je serre la main de son épouse, ainsi que de M. Mahmoud Ayyoubi, ex-président du Conseil. Le général m'accueille en m'annonçant que l'huile a coulé de l'image sous leurs yeux, peu avant mon arrivée. Ce n'est pas la première fois que cela lui arrive. Il ne cache d'ailleurs pas son admiration pour le phénomène, au point que lors de sa première visite, voyant l'huile couler de l'image, et voyant l'affluence des gens, il s'était permis de dire à Nicolas :
- Sûrement, cette maison va devenir un lieu de pèlerinage. Je vous propose dès maintenant de l'échanger contre un appartement que le gouvernement vous offrira.
Nicolas lui avait répondu - Pour une maison que le ciel bénit, je n'échangerais rien au monde.
Et quelques jours après, on a vu le général arriver avec quelques-uns des officiers supérieurs de l'année syrienne, et avec eux, il était entré dans la "chambre de la Vierge" et leur avait offert du coton imprégné d'huile en leur disant :
- Prenez cette bénédiction de Notre-Dame Marie.
En cette nuit de Noël, le général Moustafa Tlass est donc à Soufanieh. On bavarde un peu, puis on prie et on chante dans le patio. Parmi la foule nombreuse, on remarque le chanteur syrien, Mouaffak Bahjat, musulman.
A 1 heure 30, on commence la prière. Le général Moustafa Tlass se tient debout sur le seuil du salon, ayant à sa droite M. Mahmoud Ayyoubi. Prières et chants se poursuivent jusqu'à 2 heures 20, sans provoquer le moindre trouble.
Bien plus tard, je rendrai visite au général Tlass, en compagnie de l'évêque grec-catholique du Hauran, Mgr Boulos Bourkhoche et de son vicaire général, le P. Mouaffak Al-Ide. La première fois, ce sera le 26 avril 1985, chez lui, la deuxième fois, le 11 février 1987, à son bureau d'état-major.
Lors de ces deux visites, le général Tlass racontera l'émotion «à nulle autre pareille» qu'il a éprouvé cette nuit de Noël. Et les deux fois, il me dira, en présence de l'évêque et de son vicaire :
- Père Élias, quand tu écriras l'histoire de ce phénomène, n'oublie pas de dire que j'en suis témoin. Oui, j'en suis témoin!
Il le dira en portant la main à sa poitrine.
Mercredi 11 février 1987
Mgr Boulos Bourkhoche et le père Zahlaoui ont rencontré le ministre de la Défense, le général Moustapha Tlass.
Ils ont longuement parlé des événements de Soufanieh.
Le général, musulman, avait été témoin à plusieurs reprises, à Soufanieh, du suintement d'huile qui avaient attiré avec lui des membres du gouvernement et diverses personnalités syriennes.
Note: Le ministre de la Défense, le général Mustapha Tlass, officier militaire syrien, auteur, historien et homme politique qui a été ministre de la Défense de 1972 à 2004.
-Extraits du livre 'Chroniques' du Père Élias Zahlaoui