
L’histoire ancienne de Damas est voilée dans les
brumes d'une antiquité vénérable. Si on laisse de côté
les onze premiers chapitres de l'Ancien Testament,
aucun événement connu et avéré n'a eu lieu sans que
Damas n'ait été là pour en prendre connaissance.
Remontez aussi loin que vous voudrez dans le vague
passé, vous trouverez toujours Damas. Dans les écrits
de chaque siècle, sur près de 400 ans, son nom est
mentionné et ses louanges chantées. Pour Damas, les
années ne sont qu'instants, les décades, bagatelles pour
remplir le temps. Elle le mesure non en jours, en mois et en
années, mais par les empires qu'elle a vu naître,
prospérer et s'écrouler. Elle est un modèle d'immortalité.
Elle a vu poser les fondations de Baalbek, de Thèbes et
d'Éphèse; elle a vu leurs villages se développer en villes
puissantes et étonner le monde par leur grandeur, et elle
a vécu pour les voir désertées, dévastées et abandonnées
aux hiboux et aux chauves-souris. Elle a vu le Royaume
d'Israël glorieux, elle l'a vu anéanti. Elle a vu la Grèce
s'élever, briller durant deux mille ans et mourir. Dans sa
vieillesse, elle a vu Rome s'édifier, elle l'a vue éclipser le
monde par sa puissance ; elle l'a vue périr. Pour Damas,
l'aïeule, les quelques siècles de puissance et de splendeur
de Gênes et de Venise ne furent qu'un scintillement
éphémère qui méritait à peine que l'on s'en souvînt.
Damas a vu tout ce qui est advenu sur terre et elle vie
encore. Elle a jeté son regard sur les os desséchés de
milliers d'empires et elle verra les tombes de mille autres
avant de succomber. Bien qu'une autre ville revendique
l'appellation, Damas est, à juste titre, la ville éternelle.
- Mark Twain