Une étape historique dans le dialogue entre Rome et l'Église syro-orthodoxe d'Antioche (traduction de l'article paru dans l'Osservatore Romano).

Finie, la séparation qui durait depuis quinze siècles.

Le 23 juin 1984, une date historique dans le dialogue úcuménique. Le Pape et le patriarche syro-orthodoxe d'Antioche, Ignatius Zakka I Iwas, ont signé au Vatican une déclaration d'une grande portée. Le document contient deux parties, dont une doctrinale et l'autre pastorale.

Dans la première partie, on affirme: "Nous confessons que Notre Seigneur et notre Dieu, notre Seigneur et Roi de toute chose, Jésus Christ, est parfaitement Dieu en ce qui concerne sa divinité, et parfaitement homme en ce qui concerne son humanité. Cette union est réelle, parfaite, sans mélange ni confusion, sans altération, sans division, sans la moindre séparation. En lui l'humanité et la divinité sont unies d'une manière réelle, parfaite, indivisible et inséparable, et en Lui toutes ces propriétés sont présentes et actives."

Ces affirmations apportent un démenti aux divisions doctrinales qui durent depuis le Ve siècle; l'Église syro-orthodoxe d'Antioche (quelques centaines de milliers de fidèles entre le Moyen-Orient, les États-Unis et l'Inde) est au fait une des Églises ainsi nommées pré-chalcédoniennes parce qu'elles n'acceptèrent pas les formulations dogmatiques du IVe Concile úcuménique sur les deux natures du Christ.

Dans le document, on explique que * les confusions et les schismes qui se sont produits entre leurs deux Églises pendant les siècles successifs (au Concile de Nicée de 325, accepté par les deux signataires de la rédaction) ne détruisent ni ne touchent en aucune manière la substance de leur foi, puisque de telles confusions et de tels schismes se sont produits uniquement à cause de différences dans la terminologie et dans la culture, et à cause des différentes formules adoptées par les différentes écoles de théologie pour exprimer le même argument.+

* Par conséquent, nous ne trouvons aujourd'hui aucune base réelle pour les tristes divisions et pour les schismes qui se sont produits entre nous sur la doctrine de l'Incarnation...+

La partie pastorale de la déclaration est également remarquable. Il est prévu en effet, une collaboration pastorale entre les deux Églises. La réciprocité sacramentelle est admise: les fidèles des deux Églises sont autorisés à recevoir les sacrements de la pénitence, de l'Eucharistie et de la sainte Onction des infirmes par des prêtres légitimes de l'autre Église lorsqu'il est * moralement ou matériellement impossible d'avoir accès à un prêtre de sa propre Église+ .

Autre engagement important: A La collaboration dans la formation des prêtres et dans l'éducation théologique devrait suivre logiquement de la collaboration pastorale. On encourage les évêques à promouvoir une participation dans les structures de l'éducation théologique chaque fois qu'ils le jugent possible.@

C'est la première fois que deux Églises, divisées depuis des siècles, acceptent la réciprocité sacramentelle. On n'en est malheureusement pas encore là avec les autres Églises orthodoxes. Le Saint-Siège leur a proposé la réciprocité, mais jusqu'à ce jour les quatorze églises entre lesquelles la séparation dure depuis 1054 ne l'ont pas encore acceptée.

Le patriarche Ignatius Zakka Iwas 1er, qui a signé la déclaration avec Jean-Paul II, a participé en tant qu'observateur aux deux premières séances de Vatican II. A cette époque-là il était moine. A la veille de la troisième séance conciliaire il a été consacré évêque. Son prédécesseur à la tête de l'Église syro-orthodoxe d'Antioche, Moran Mar Ignatius Jacoub III a rencontré le Pape deux fois, en 1971 et en 1980. Au moment de sa deuxième visite, une déclaration commune fut signée, mais qui n'était pas aussi détaillée ni aussi avancée que celle qui a été signée le 23 juin dernier.

En attendant, le dialogue théologique avec les autres Églises orthodoxes se poursuit. (Elles sont quatorze églises autonomes ou indépendantes qui comptent environs cent vingt millions de fidèles.)

Fin.