RENCONTRE DE DAMAS

(Extrait de la revue  LE LIEN  No 1 /2005)

Le 18 décembre 2004, sur initiative de S.B. Ignace IV Hazim, Patriarche grec-orthodoxe d'Antioche, et sur invitation de S.B. Gregorios III Laham, Patriarche grec-melkite catholique d'Antioche, en la cathédrale patriarcale grecque-melkite catholique de la Dormition, les trois patriarches damascènes (S.B. Ignace IV, S.S. le Patriarche syrien-orthodoxe Ignace Zakka I Iwas et S.B. Gregorios Ill) se sont réunis, avec leurs Archevêques et Evêques Vicaires et Auxiliaires Patriarcaux, les Hiérarques des autres Églises (arménienne catholique, arménienne orthodoxe, latine, maronite et syrienne catholique) présentes à Damas, avec les prêtres, les diacres et les religieuses de leurs communautés respectives, pour une demi-journée de retraite spirituelle, en préparation de la fête de Noël. Etait également présent S.E. le Nonce Apostolique en Syrie.

La rencontre a commencé à 10 heures 30 par la célébration de l'heure de Sexte, avec un choeur orthodoxe et un choeur catholique, sous la présidence conjointe des trois Patriarches.

S.B. le Patriarche Gregorios Ill prononça ensuite une allocution de bienvenue "au nom de Jésus, qui nous réunit par son nom" et précisa que cette rencontre était due à une initiative de S.B. le Patriarche Ignace IV, qui avait exprimé le souhait que de telles rencontres se répètent à différents niveaux. Puis le Patriarche grec-melkite catholique présenta les grandes lignes de sa lettre pastorale de Noël, intitulée "Emmanuel, Dieu avec nous".

Cette rencontre est une "réponse à l'appel de Jésus", ajouta S.B. Gregorios Ill, qui insista sur l'importance de l'unité des pasteurs de l'Église afin que les fidèles soient encouragés par leur exemple et fortifiés pour le témoignage qu'ils sont appelés à donner dans la société, dans leur patrie, la Syrie. Le Patriarche Gregorios III renouvela son appel, déjà formulé dans cette même cathédrale lors de la visite apostolique de S.S. le Pape Jean Paul II en Syrie, au cours de la rencontre avec les jeunes, le 6 mai 2001, pour la célébration de la fête de Pâques à une date commune. Les fidèles, dit-il, sont très découragés par l'absence d'un accord à ce sujet, d'autant plus que, cette année, il y a 35 jours de différence entre les deux calendriers, julien et grégorien, pour la célébration de la Résurrection du Christ.

S.B. Gregorios Ill exprima le souhait que la présente réunion soit cause de joie et d'amitié. " Ailleurs - ajouta-t-il - on ferme des églises; en Irak, on detruit des églises; ici, nous construisons des églises. Et j'ai la grande joie de vous annoncer que, S.B Ignace IV et moi, le 4 février 2005, nous allons inaugurer ensemble une nouvelle église, qui sera commune à nos deux Patriarcats".

Le Patriarche grec orthodoxe prit alors la parole pour souligner à quel point la rencontre de ce jour était un événement. "Nous nous réunissons - affirma-t-il parce que Jésus est Emmanuel, Dieu avec nous. Si nous ne nous réunissons pas, cela veut dire que Jésus n'est pas avec nous. Les jours de l'éloignement entre les uns et les autres sont passés pour toujours. Ceux qui s'étaient éloignés les uns des autres sont morts. Mais nous, aujourd'hui, nous sommes ensemble".

Le Patriarche grec orthodoxe développa ensuite plusieurs aspects de son affirmation. Én voici quelques points:

- Ceux qui étaient ennemis les uns des autres ne sont plus de ce monde. Aujourd'hui, avons-nous encore des raisons d'être les ennemis les uns des autres? Nous ne sommes plus les combattants d'antan.

- J'ai parlé une fois d'un pacte, celui de l'Esprit qui descend sur nous et qui, aujourd'hui, est avec nous.

-Autrefois, nous nous imaginions que nous devions mettre en pratique la parabole de l'enfant prodigue, c'est-à-dire qu'il y avait un frère qui s'etait éloigné et un frère qui était resté, un frère qui était absent et un frère qui était présent. Aujourd'hui, nous sommes tous ensemble.

Notre vision de l'unité est différente de celle d'autrefois. Personne ne veut plus "avaler" l'autre, ni se substituer à l'autre. Personne ne veut plus changer l'autre en le faisant retourner dans le sein de sa mère.

Autrefois, notre conception de l'unité était: ou toi, ou moi. Autrefois, on voulait changer l'autre. Nos Eglises ont été constituées dans le but de rendre I'un absent et de le substituer par l'autre. Aujourd'hui, nous savons que l'on ne peut pas ni ne doit essayer de supprimer l'autre.

Quand nous parlons aujourd'hui d'unité, cela veut dire que chacun de nous existe dans sa pleine realité. Nous sommes ici trois Patriarches d'Antioche: c'est un fait que nous devons reconnaître, que nous ne pouvons pas ignorer.

Il faut, ici et maintenant, faire un appel pressant aux prêtres, puisque cette réunion est principalement une rencontre sacerdotale. Les prêtres doivent s'efforcer de corriger leur manière de penser, car ce sont eux qui peuvent changer les rapports entre nos Eglises. Autrefois, ce sont les prêtres qui ont créé les disputes dans l'Eglise et les divergences entre les fidèles. Mais, aujourd'hui, nos fidèles n'ont plus le sens de ces différences, de la séparation entre nos Eglises. Il appartient aux prêtres, et aussi aux religieuses, de dire à tous que l'Eglise a changé. Si les prêtres, autrefois, ont suscité l'inimitié et l'animosité, aujourd'hui ce sont eux qui peuvent encourager l'amour gratuit réciproque entre nos Eglises.

- Si nous ne nous aimons pas vraiment les uns les autres, l'unité est artificielle, elle est seulement administrative, et en réalité vide de sens.

- A l'occasion de la fête de Noël, il faut que naisse quelque chose de nouveau: toi dans mon coeur, moi dans ton coeur. Toi et moi, nous devons parler du Christ, au nom du Christ.

Dans ses notes personnelles, S.B. le Patriarche Gregorios Ill a écrit: "Aujourd'hui, nous avons entendu un nouveau chapitre de l'Evangile, l'Evangile nouveau du troisième millénaire, celui de l'unité à Damas. Il serait bon que nous mettions ces idées dans une formulation commune, à publier sous le titre de Déclaration de l'unité de Damas. J'ai même dit, à la fin, sur un ton de la plaisanterie qui voulait cacher mon émotion, que l'on pourrait maintenant, dans nos Liturgies, proclamer l'Évangile de l'unité selon l'Apôtre Ignace d'Antioche, le Disciple Pur".

C'est enfin S.S. le Patriarche Ignace Zakka I qui, à son tour prit la parole pour s'associer à ce que venaient de dire ses deux frères, à leur appel a l'unité de l'Eglise au nom du Christ, l'Emmanuel. Le Patriarche syrien orthodoxe s'associa aussi pleinement à l'appel de S.B Ignace IV Hazim sur le rôle qui revient maintenant aux prêtres d être facteurs d'unité et porteurs de salut.