SOUFANIEH, OU NOUS CONDUIS-TU ?

Edgar Zekert
Damas, Syrie
1987


Soufanieh, c’est le nom d’un quartier populaire du vieux Damas où les anciennes maisons se touchent, imposant aux habitants des relations étroites et des liens humains intimes qui se traduisent tantôt par une entraide pleine d’amour, tantôt par des commérages qui entravent l’ouverture et le don de soi.

Dans ce milieu, au fond d’une des vieilles maisons longeant un bras de la Barada, cette rivière qui alimente et anime Damas depuis qu’il est au monde, notre Dame, mère de notre Seigneur Jésus-Christ, a voulu se manifester à l’une des femmes du quartier.

Cette jeune femme se prénomme Myrna et a pour patronyme Akhrass et pour prénom de baptême Marie.

Lorsque le «phénomène » eut lieu pour la première fois, il ne s’était encore écoulé que quelques mois depuis le mariage de Myrna avec Nicolas Nazour. Elle avait alors dix-huit ans et était humble, simple et gaie. Avant soin mariage, elle avait vécu aussi ordinairement que toute autre jeune fille damascène de son âge et de sa condition.

Son père, Jean Akhrass, est marbrier et appartient à la communauté chrétienne des grecs-catholiques alors que sa mère est de la communauté grecque-orthodoxe. Tous deux ont dispensé à leur fille une éducation chrétienne rigoureuse. Myrna n’avait pas encore terminé ses études secondaires lorsqu’elle se maria et dut ainsi interrompre ses études. Ce fut le 9 mai 1982.

Nicolas, passablement plus âgé que son épouse, avait exercé le métier de coiffeur pour dames pendant plusieurs années dont six en Allemagne (alors occidentale). Il aimait la vie et les amusements, oubliant totalement les pratiques religieuses. Après le mariage, les époux habitèrent chez les parents du mari où vivaient sa mère, son frère aîné avec sa famille, et son frère cadet qui était célibataire.

Leur vie était des plus ordinaires lorsque tout commença et que la Vierge Marie voulut visiter ses enfants en Syrie et dans le monde, choisissant Myrna pour lui confier ses messages célestes. Elle voulut aussi assortir ces messages d’un miracle quasi permanent qui avait rarement eu son pareil dans l’histoire du christianisme, laquelle abonde cependant en miracles.

Ce miracle quasi permanent c’est l’exsudation d’huile par une image sur papier représentant la Vierge Marie portant l’enfant Jésus, image que la déclaration officielle publiée le 31 décembre 1982 par le patriarcat grec-orthodoxe à Damas appela «l’icône sacrée ». Il s’agit de l’exsudation d’huile par cette image mais aussi par des centaines de photographies qui la reproduisent, aussi bien que par le corps de Myrna, elle-même, phénomène qui continue de se produire à diverses occasions, notamment lorsque Myrna prie ou que des propos sont échangés au sujet des manifestations de Soufanieh, de la Vierge ou du Seigneur Jésus et, presque immanquablement, aux grandes fêtes chrétiennes : Pâques (uniquement lorsque cette fête tombe à la même date pour les catholiques et les orthodoxes), Assomption, anniversaire de l’apparition de la Vierge Marie à Catherine Labouré (fête de la Médaille Miraculeuse), etc…

Certains seraient tentés de dire : « Où est l’utilité de l’huile et pourquoi donc ce miracle qui n’a pas de sens et qui se répète depuis bientôt dix ans ? ».

Essayons tout d’abord de formuler la définition du miracle en général : C’est un événement extraordinaire que ne régissent pas les lois naturelles – physiques, chimiques ou biologiques – et qui ne peut être expliqué que par une intervention du Créateur, seul maître absolu de la nature.

Il existe deux sortes de miracles : des miracles matériels et des miracles spirituels. L’univers en soi est déjà un miracle continu. Mais parlons plutôt des miracles qui arrivent à chacun de nous – car Dieu, notre père céleste, veille continuellement sur nous et ne nous abandonne pas -. Je me hâte de donner des exemples clairs de ces deux sortes de miracles : la guérison d’un malade, inespérée d’après les normes humaines, c’est un miracle matériel. Mais le bouleversement radical et total qui survint dans la vie de Saint Paul et de beaucoup d’autres au moment où eux-mêmes et leur entourage s’y attendaient le moins, c’est là un miracle fondamentalement spirituel.

Aussi, avons-nous le droit d’affirmer que la production d’huile – il s’agit d’huile d’olive pure à cent pour cent ainsi qu’en témoignent des analyses aussi bien locales qu’internationales – par le papier de l’image et par le corps de Myrna, en quantités allant de quelques gouttes à 220 grammes à la fois, nous met en présence d’un miracle, et c’est un miracle tout à fait exceptionnel.

Rendre leur mouvement à des jambes paralysées est un miracle, mais ce n’est pas un miracle exceptionnel car ces jambes ont été crées pour marcher. Elles ont sans doute été déjà capables de marcher et ce miracle est maintenant venu rétablir l’ordre normal des choses. Mais la production d’huile et son exsudation par une image en papier ainsi que par un corps humain de la manière dont nous venons de parler, c’est là un miracle exceptionnel car il donne naissance à une matière à partir d’une source qui n’est pas de son espèce. De fait, selon les lois naturelles qui régissent notre univers, le papier ne peut donner que soit du papier, soit un de ses composants chimiques, mais il ne peut en aucune sorte exsuder de l’huile d’olive pure qu’il ne contient pas dans sa composition chimique. Nous pouvons en dire autant de l’exsudation d’huile d’olive pure par un corps humain, car il s’agit là aussi de la naissance d’une matière à partir d’une origine qui lui est spécifiquement étrangère. Par conséquent, de tels phénomènes ne peuvent se produire que dans le cas d’un miracle exceptionnel, c’est-à-dire dans le cas de l’apparition d’un événement concret et matériel qu’aucun homme raisonnable, quelque savant qu’il soit, ne peut admettre comme possible ou explicable par les seules ressources de la science. Pour le cas particulier de Myrna, il s’agit donc bel et bien d’un miracle excluant toute interprétation par les lois de la science ou du hasard.

Malgré cela, certains sous-estiment ce miracle ou le méconnaissent, réclamant des miracles «plus sensationnels et extraordinaires » et dont ils pourraient être les témoins oculaires. Quel est donc le miracle que réclament ces négateurs de l’évidence dont on pourrait dire qu’ils ferment les yeux pour ne pas voir ?

Certains autres reconnaissent le caractère extraordinaire de ce phénomène d’exsudation d’huile, mais s’arrêtent là, posant avec insistance cette question : « Pourquoi l’huile ? » et «que signifie l’huile ? », question à laquelle ils semblent en définitive ne pas désirer recevoir de réponse.

Qu’il s’agisse de ceux-ci ou de ceux-là, recevoir une réponse les forcerait de prendre une décision d’une importance dramatique, d’accomplir un acte de foi qui les obligerait, une fois qu’ils se seraient rendu à l’évidence du message que constitue ce phénomène, à opérer un changement radical dans leur vie et qui n’est pas de tout repos. Et se dérober à cette échéance se présente à eux comme la solution la plus confortable, si bien qu’ils se cachent derrière les prétextes les plus divers – dont en particulier «l’éventualité que la science puisse explique à l’avenir de tels phénomènes » - pour justifier leur défection.

Lorsqu’un architecte veut porter un client à lui confier un ouvrage, le meilleur moyen de gagner sa confiance c’est de lui montrer les édifices qu’il a construits. De même, un chirurgien, si habile soit-il, ne peut espérer voir se développer sa clientèle s’il n’a pas déjà à son actif un certain nombre de succès chirurgicaux. Ainsi, c’est l’œuvre de l’homme qui témoigne soit pour lui soit contre lui.

Tel est le cas pour le phénomène de l’huile de Soufanieh : l’huile s’écoulant de l’image, de ses reproductions photographiques ou du corps de Myrna témoigne manifestement du fait que les messages qui accompagnent cette exsudation ont pour source le Créateur de cette huile.

Il serait bon de rappeler qu’à part ses utilisations culinaires et thérapeutiques, l’huile servait autrefois à l’onction de certains rois ou prophètes. Dans le cadre du christianisme, l’Église l’a utilisée dans le sacrement de la confirmation, après le baptême, afin de donner le Saint Esprit au nouveau chrétien, ainsi que dans le sacrement de l’extrême-onction pour accorder la grâce et, sans doute, la guérison de l’esprit et du corps.

Des sceptiques pourraient objecter : Pourquoi attribuons-nous l’apparition de l’huile nécessairement à Dieu ? Ne pourrait-elle pas aussi bien être l’œuvre du diable ? Car Satan est capable d’œuvres extraordinaires et Saint Paul lui-même dit de lui qu’il «est capable de revêtir l’habit de l’ange ».

La réponse à une telle objection trouve son fondement dans un sentiment intérieur et un sens spirituel profond. En effet, la foi est un don de Dieu. Et Dieu Lui-même et l’Église elle-même nous apprennent que «l’arbre se reconnaît à ses fruits ». Si les fruits sont purs, c’est que l’arbre est pur. Or la source exclusive de la pureté c’est Dieu. Mais si les fruits sont mauvais c’est donc l’arbre qui est mauvais, et la source de la corruption et du mal c’est Satan.

Et lui posons-nous franchement cette question : l’exsudation d’huile de l’image de la Vierge Marie et du corps de Myrna et la livraison de messages, ces deux phénomènes invitent-ils les fidèles plutôt au mal ou au fait que de ceux qui, délibérément, ont choisi d’ignorer le caractère surnaturel du phénomène de Soufanieh dont la pureté s’implose souverainement à l’esprit et au cœur.

Certains pourraient invoquer le fait que l’huile a cessé de couleur de «l’icône sacrée », depuis le jour où elle a été transférée à l’église orthodoxe de la Sainte Croix, au quartier Kassaa à Damas, jusqu’au jour où elle a été ramenée à la maison, c’est-à-dire depuis la journée du dimanche, 9 janvier 1983 jusqu’à celle du lundi, 21 février 1983 ; ils pourraient invoquer ce fait pour dire : « Puisque l’image n’a pas exsudé d’huile pendant toute cette période – qui était pour ainsi dire une période de mise à l’épreuve – c’est donc que la chose est entièrement douteuse ».

C’est là une logique humaine déficiente et même très déficiente à laquelle nous pouvons répondre en évoquant l’attitude de Jésus-Christ à l’égard des juifs lorsque, l’ayant fait crucifier, ceux-ci lui ont demandé de descendre de la Croix pour qu’ils croient en lui : Ignorant délibérément leur défi, Jésus demeura sur la Croix afin que se réalisât la volonté de Dieu son père. Car c’est la volonté de l’homme qui doit se soumettre à la logique divine et non le contraire.

Une autre réponse à cette logique humaine déficiente et qui pourrait compléter la première est la suivante : Le message de Soufanieh est une invitation pressante à l’unité de l’Église. Par conséquent, l’exsudation d’huile dans telle ou telle église pourrait provoquer un raidissement dans l’attitude des autres communautés et éloigner les églises les unes des autres.

Enfin, nous avons un avis à exprimer en ce qui concerne les messages eux-mêmes : ceux reçus durant les apparitions de la Vierge à Myrna et ceux reçus durant les extases. Certains ont formulé des critiques virulentes à l’égard du phénomène de Soufanieh, cherchant à l’expliquer par la magie ou le spiritisme. Ils ont propagé les pires rumeurs tant à propos de ce phénomène qu’à propos de la faille où il s’est manifesté. Toutefois, rien de ce qu’ils ont dit n’affecte l’essence même du phénomène, c’est-à-dire les messages, lesquels confèrent au dit phénomène son sens ultime. De fait, ces messages ont été loin au-delà de la portée de toute critique et de tout dénigrement. Non pas que les contempteurs y eussent cru, mais c’est qu’ils n’y ont rien découvert qui pût être en contradiction avec la foi chrétienne ou l’Évangile. Bien au contraire, les théologiens qui se sont penchés sur les manifestations de Soufanieh ont convenu de leur étonnante conformité à l’enseignement de l’Église et du saint Évangile.

Nul doute que c’est là une vérité désarmante pour les contradicteurs qui rejettent à priori toute approche du phénomène en question. Cette vérité nous incite, toutefois, à poser la question suivante : Si des autorités ecclésiastiques et théologiques des plus éminentes n’ont décelé dans les messages aucune faille d’ordre théologique, malgré leur profondeur et l’importance des défis qu’ils osent, cela ne signifie-t-il pas que l’auteur des ces messages est supérieur en science à tous les théologiens ? Et qui peut-il donc être sinon la source même de la théologie chrétienne, le Seigneur Jésus-Christ lui-même ?

Or, avant de nous engager dans un examen approfondi des messages, deux vérités importantes sont à considérer :

La première est en rapport avec la durée. Le phénomène de Soufanieh continue de se manifester depuis bientôt dix ans (l). N’est-ce pas là une durée suffisante pour ruiner toute mise en doute de l’authenticité de ce phénomène et de faire le départ entre la vérité et l’imposture ?

La deuxième vérité importante est d’ordre humain. C’est le fait que les fidèles venus prier, ainsi que des malades de tout genre, sont reçus jour et nuit à la maison et dans la chambre même des deux époux, tout à fait gratuitement et sans que le moindre signe d’impatience leur soit manifesté par les maîtres du logis dont le seul souci est de connaître davantage la volonté de Dieu. Cela en dépit des médisances, de la jalousie, des calomnies et de diffamation dont ce phénomène et les personnes qui y sont liées ont fait l’objet. N’y a-t-il pas là matière à profonde contemplation et à une considération France et sincère de la source, sinon de l’Auteur de ce phénomène ?

Cela fait maintenant, novembre 2005, vingt-trois ans.

EN GUISE DE CONCLUSION

Les messages de Soufanieh invitent à l’unité absolue, l’unité en Jésus, car Jésus est Un. Quelle est donc l’attitude des Églises chrétiennes à l’égard de cette idée et comment la comprennent-elles ?

Depuis près d’un siècle les chrétiens dans le monde prient pour l’unité des Églises, et il semble aujourd’hui que ce rêve s’est réalisé en quelque sorte, ne serait-ce qu’apparemment, car l’union mondiale des Églises a bien eu lieu et toute communauté ayant prétendu être une Église y a adhéré.

Mais cette union a-t-elle changé quoi que ce soit à la douloureuse réalité des chrétiens ?

La vérité, ainsi qu’elle nous apparaît, est que l’union de la totalité ou de la majorité des Églises, ou ne fût-ce que de deux d’entre elles, n’est que mirage et illusion et ne s’appuie sur aucune logique. La raison en est qu’il n’existe pas «des Églises», mais une Église divisée. Et nous estimons qu’appeler une communauté «une Église » est une grave aberration, car la communauté est un groupement social et non une entité ecclésiastique.

Nous autres, nous croyons en une Église une, sainte, universelle et apostolique….

Lorsqu’on demanda au Christ où était son royaume il répondit : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Il est au ciel et l’Église est son prolongement sur terre. Cent le royaume de l’amour sur terre, un royaume dont les racines sont au ciel et les branches – ou certaines d’entres elles – sont sur terre.

Ce Royaume céleste, immatériel, a été combattu par Satan. Celui-ci a donc inspiré à certains des pasteurs du dit Royaume que c’était un royaume temporel comme les autres royaumes de ce monde. Si bien qu’ils se le sont partagé entre eux et se sont comportés, généralement, comme des rois de ce monde. Et lorsqu’ils furent fatigués de se faire la guerre, ils ont formé une union entre eux, n’ayant d’autre but que de sauvegarder leurs entités respectives, dans un consensus de respect mutuel, de non-belligérance et de non-ingérence dans les affaires intérieures, les uns des autres.

Ce que nous venons d’exposer pourrait sembler à certains n’être qu’une caricature de la réalité. Pour notre part, c’est exactement ainsi que nous voyons les choses et nous n’avons pas le sentiment d’avoir manqué la vérité.

Aussi, déclarons-nous clairement qu’il n’existe pas de place dans les messages de Soufanieh à ce qui pourrait être appelé une «union », mais que toute la place y est réservée à l’Unité.

Et à qui demanderait : « quelle différence entre union et unité ? » nous proposons cette comparaison :

Si nous juxtaposons des lignes, alternativement tracées en rouge et en bleu et qu’un observateur les regarde à une certaine distance, l’ensemble de ces lignes paraît à l’observateur comme une surface homogène peinte en violet. Mais si celui-ci s’approche et regarde attentivement il découvre qu’il a devant lui deux couleurs indépendantes n’ayant aucun rapport l’une avec l’autre.

Maintenant, si avant de tracer quoi que ce soit nus prenons ces deux couleurs et les mélangeons jusqu’à totale fusion, l’une dans l’autre, et que nous en badigeonnions la feuille, à ce moment-là, à quelque distance qu’on soit de la feuille, on ne voit plus que du violet homogène. C’est que la totale fusion de ces deux couleurs, l’une dans l’autre, a engendré une nouvelle couleur qui est le violet. Il est vrai que cette couleur contient les caractéristiques du rouge et du bleu, mais c’est une nouvelle couleur tout homogène.

A mon sens, voilà l’image de l’unité que veut Jésus-Christ.


Et de même que le blanc immaculé naît de la fusion de toutes les couleurs continue, de même l’Église Une et immaculée du Christ, l’Église du vingt-et-unième siècle va naître de la fusion de toutes les Églises connues en une seule entité.

Et si nous la voulions ainsi, Jésus La voudra ainsi immanquablement.

Et alors Satan sera incapable de se dresser sur Son chemin.

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