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L'huile sur l'image sous forme de bulles

Comme d'habitude, je célèbre la messe de 17 heures, le dimanche 12 décembre 1982. A l'homélie, je relie spontanément Soufanieh à l'évangile du jour. Je m'y sens comme forcé. Pourtant, avant l'homélie, l'idée ne m'en est pas venue.

Je me rends ensuite à Soufanieh. La foule est telle qu'elle rend l'accès de la maison bien difficile. Ce soir, la prière se prolonge jusqu'à 23 heures 30. Tout le monde se retire, à l'exception d'un petit nombre. Nous entrons au salon pour un peu de repos. Aussitôt Myrna dit :

-Je vais prier pour le frère de la Sœur.

Ce jour-là, en effet, une des religieuses des Saints-Coeurs d'Alep est venue prier, leur laissant la photo de son frère paralysé. Elle s'appelle, je crois, Marie-Odile.

Étonné, je me dis en moi-même : «N'est-elle donc pas fatiguée de prier toute la journée, cette gamine ? »

Il ne se passe pas quelques secondes, que nous entendons Myrna pousser des cris que je qualifierais, sans exagération, d'hystériques. Nous nous précipitons tous vers la chambre. Parmi les personnes présentes, outre les Nazzour et les parents de Myrna, il y a un jeune homme de la chorale qui vient d'arriver avec sa femme, sa maman et leur petit bébé. C'est Georges Daoud.

Nous restons à la porte de la chambre, sidérés. L'huile apparaît sur le verre de l'image, en forme de bulles qui grossissent puis explosent, causant un bruit tout à fait audible. L'huile coule ou plutôt retombe dans la petite assiette qui, rapidement, en est presque remplie. Nous constatons tous qu'une autre matière se détache de l'huile, on dirait de l'eau. Nous la goûtons : elle ne s'apparente ni à l'huile ni à l'eau. Mais la madère prépondérante, et de loin, est l'huile.

On s'agenouille aussitôt et on se met à chanter. Les bulles d'huile se succèdent, se gonflent et éclatent, faisant toujours le même bruit. Vers une heure du matin, quelqu'un se souvient du désir du chanteur libanais, Tony Hanna, de voir l'huile couler de l'image. On lui dépêche MM. Chéhadé Khoury et Michel Farah. Ils reviennent, annonçant son arrivée proche. Entre-temps, se succèdent toujours prières et bulles d'huile. Vers 2 heures du matin, arrive Tony Hanna. Il s'agenouille, en prononçant ces seuls mots : «Ya Hanounti» (littéralement: «Ô ma tendre et très douce». Puis, il se met à chanter avec nous.

Il est en compagnie de M. Salim Sarwé, chef d'orchestre de la télévision syrienne, et de M. Riad Toufic Nijmé.

Vers 5 heures du matin, la faim se fait sentir. On me demande s'il est permis de manger. Je réponds qu'il n'y a aucune honte à manger devant sa Maman. On apporte des olives et du lait caillé. On m'en offre. Je m'excuse. On m'offre alors un morceau de pain trempé dans l'huile sainte, «en signe de notre fraternité spirituelle» me dit Nicolas. Je le prends avec joie.

On reprend ensuite chants et prières jusqu'à 6 heures moins le quart. Tony et ses deux compagnons se lèvent et je sors avec eux. Ils me déposent avec leur voiture à l'église.